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Mise à jour de notre portefeuille : pour y voir plus clair dans l’opération Lyft

Par 4 avril 2019octobre 23rd, 2022Alertes, LMA Alertes

James AltucherCher lecteur de Top 1% Altucher,

Parlons licornes.

Non, pas les créatures mythiques dont tout le monde espère l’existence : les entreprises.

Si vous avez passé un peu de temps sur BFM Business et autres médias financiers ces derniers temps, je parie que vous avez entendu plusieurs présentateurs et stratèges financiers surpayés décrire Lyft (NASDAQ : LYFT) comme étant une licorne.

C’est un peu idiot mais dans le monde des affaires, une licorne est simplement une entreprise (ou une start-up) ayant atteint une valorisation d’un milliard de dollars par levée de fonds privée.

Je pense que le principe même des licornes, en affaires, est idiot. C’était rare il y a 10 ou 20 ans mais aujourd’hui, on trouve pléthore d’entreprises valorisées un milliard de dollars ou plus.

Fin des années 90, une entreprise se devait d’entrer en Bourse pour atteindre une grosse valorisation. Ce n’est plus le cas.

Dans l’environnement économique actuel, hyper-régulé et ultra-procédurier, il est facile d’atteindre une valorisation à plus de 10 chiffres sans être coté en Bourse. Une autre chose : c’est sacrément moins cher de rester non coté.

La plupart des gens l’ignorent, mais le fait d’être une société cotée entraîne une tonne de coûts cachés et de frais inévitables.

Si l’on met de côté la question de savoir si les entreprises devraient entrer en Bourse ou non, le fait est que les licornes ne sont plus aussi rares qu’elles l’étaient autrefois.

Des revenus en hausse, des profits en baisse

Avant que Lyft ne commence à réfléchir au prix de son IPO, l’entreprise et sa banque d’investissement pensaient proposer les actions au public entre 62 $ et 68 $ le titre.

Il faut comprendre une chose importante.

Lyft a révélé avoir engrangé environ 2,2 Mds$ de recettes en 2018. Mais en générant ces ventes, l’entreprise a réussi à perdre plus de 911 M$ !

Ces 911 M$ dans le rouge en 2018 dépassent de loin ses pertes de près de 683 M$ en 2016 et 688 M$ en 2017.

Je me fiche que Lyft se soit donné pour but de « révolutionner le transport », comme l’affirme l’entreprise dans le document S-1 déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC, l’équivalent de l’AMF en France). Les investisseurs par la croissance aiment peut-être la croissance des recettes… mais ils veulent aussi investir dans des entreprises ayant des douves profondes (un avantage compétitif) et s’attendent tout de même à ce que l’entreprise finisse par engranger un profit net.

À part une appli très cool qu’Uber a aussi, au passage et une longueur d’avance dans l’économie de partage, je ne vois pas le besoin ou la logique qu’il y a à posséder des actions Lyft à la valorisation actuelle.

Bref, Lyft ouvre la porte à ses passagers d’une main… tout en jetant autant d’argent que possible par les fenêtres de l’autre main.

Un décollage bâclé

La manière dont une entreprise et ses banquiers d’investissement gèrent le pricing d’une IPO contribue grandement à déterminer le succès de cette IPO… ou le fait qu’elle se transforme en gouffre financier menant au désespoir boursier.

Comme je l’ai déjà dit, lorsque Lyft a commencé à discuter du pricing de son IPO, un canal de 62 $ – 68 $ était envisagé.

Certes, un banquier préfère que le prix d’une IPO ne soit pas dans le bas du canal parce que cela suggère que la demande est faible pour les actions , mais j’avais le sentiment qu’à un prix au-delà de 68 $, le titre risquait d’être rapidement vendu.

Disons simplement que lorsque Lyft a annoncé que ses actions seraient proposées au public à 72 $ le 29 mars 2019, et que la demande en préouverture a fait grimper ce prix jusqu’à près de 90 $, j’ai dit une prière silencieuse pour les petits porteurs en costume de pigeon qui étaient sur le point d’être douloureusement plumés.

Voyez-vous, lorsque Lyft a commencé à coter aux environs des 87 $, il n’y avait aucun sens, pour quiconque avait la possibilité de vendre ses actions, à ne pas le faire.

C’est exactement ce qu’il s’est passé.

Les actions Lyft auraient pu attirer des acheteurs dans le canal des 68 $ – 72 $, si elles avaient été plus raisonnablement valorisées dès le premier jour. Mais en voyant des prix dépassant les 87 $, les acheteurs potentiels sont rentrés dans leur terrier.

Aujourd’hui, les actions Lyft cotent aux alentours des 70 $, sous les 72 $ officiels de l’IPO et bien loin de leur sommet de lancement : 88,60 $, atteint durant la deuxième minute de trading officiel.

Pire encore, l’IPO de Lyft est officiellement ratée.

La saison de la chasse à la licorne est-elle ouverte ?

Si la performance lamentable de l’IPO Lyft ne peut que frustrer les investisseurs de dernière minute, les investisseurs techno sont confrontés à un problème plus grave.

Des licornes prestigieuses comme Uber, Airbnb, Slack, Palantir Technologies, Pinterest et Postmates ont prévu d’entrer en Bourse en 2019 ; le fait que Lyft ait échoué à générer une demande solide de la part des investisseurs à cause du pricing de son IPO complique la tâche des banquiers.

Rappelez-vous que les banques d’investissement veulent gagner autant d’argent que possible.

Pas pour vous ! Pour elles et leurs clients.

Si une banque sous-évalue trop sévèrement une IPO, l’entreprise qui entre en Bourse peut passer à côté d’une énorme injection de cash. La banque, de son côté, gagne la désagréable réputation d’être incapable de jauger correctement la demande sous-jacente.

Ceci étant dit, la dernière chose que veut une banque d’investissement, c’est la réputation de surévaluer grossièrement ses IPO.

En fin de compte, une entreprise et ses banquiers, ensemble, doivent déterminer où se situe la demande la plus forte.

Parce qu’en fin de compte, il vaut mieux sous-valoriser les actions et les voir s’envoler plus haut que prévu (une entreprise peut TOUJOURS proposer une offre secondaire à un prix plus élevé) qu’évaluer les actions trop cher pour simplement les voir chuter à pic et se transformer en IPO ratée dont personne ne voudra.

Bien à vous,

Signature James Altucher

James Altucher
Rédacteur en Chef