
Comme nous vous l’avons expliqué lors de la conférence du 12 mars, le monde du semi-conducteur est une économie à deux vitesses.
Au bas de l’échelle, les clients au budget limité comme les constructeurs automobiles doivent se battre bec et ongles pour se faire livrer autant de puces qu’ils le souhaitent. Ils n’y parviennent d’ailleurs pas toujours et sont alors contraints de réduire leurs cadences de production.
Pour répondre à cette demande pressante mais peu rentable, la masse des fondeurs comme SMIC, Intel, GlobalFoundries ou encore Hua Hong doivent arbitrer entre les attentes des clients et les coûts colossaux d’ouverture de nouvelles usines.
Et puis, il y a les autres. Ceux qui dominent le marché et jouent un rôle primordial dans la course à la finesse.
Ce sont leurs progrès continus qui modernisent, par un effet de ruissellement bien réel, l’ensemble du secteur. Ils ne sont, pour ainsi dire, plus que deux sur le ring en ce début 2021 : Samsung et TSMC.
Ce dernier vient de frapper fort. Non content d’avoir marqué les esprits l’année dernière en produisant en masse, pour la première fois, des puces gravées en 5 nanomètres (nm) pour l’iPad d’Apple (A14), le Taïwanais vient de dévoiler ses plans pour les prochaines années.
Ils sont plus ambitieux que jamais, et vont encore creuser l’écart avec le reste de l’industrie qui peine à maîtriser la gravure en 14 nm, 19 nm et même 22 nm.
TSMC trace la route vers le 4 nm
Dans le dossier de fin mars, nous vous avons notamment conseillé d’envisager l’achat de TSMC, même si nous ne suivrons pas la valeur officiellement dans notre portefeuille-type dédié aux valeurs européennes. Et le voilà qui revient déjà sur le devant de la scène.
Le fondeur aurait pu s’offrir une pause pour profiter de son avance technologique et rentabiliser ses chaînes de production en 5 nm qui lui ont, après tout, coûté la bagatelle de 25 Mds$.
Il n’en sera rien : TSMC a annoncé fin mars que sa production en 4 nm atteindrait une cadence industrielle dès le dernier trimestre de cette année. Le nouveau procédé était en phase finale de préparation depuis plusieurs mois, aussi son arrivée dans l’offre commerciale n’est qu’une demi-surprise. Ce qui étonnant, en revanche, c’est que cette technologie ne devait initialement être disponible qu’en 2022 au plus tôt.
La comparaison avec Intel, dont l’arrivée du 7 nm est prévue dans deux ans (ce qui était déjà le cas il y a deux ans), est édifiante. Non seulement TSMC fait toujours reculer le « mur quantique » qui était censé donner un coup d’arrêt aux progrès dans la finesse de gravure, mais en plus il se paye le luxe de progresser plus vite que prévu.
Au niveau commercial, ce nouveau nœud [NDLR : terme technique utilisé pour désigner les générations de gravure] sera certainement réservé à des clients haut de gamme comme Apple ou Nvidia. Nous pouvons ainsi anticiper, dès le début de l’année prochaine, l’apparition d’ordinateurs Mac équipés de processeurs M1 ridiculisant les Core Intel, et des cartes graphiques Nvidia utilisées pour l’IA, le gaming ou le minage de cryptomonnaies encore plus puissantes. Les deux entreprises pourront ainsi continuer à augmenter la puissance de calcul brute et l’efficacité de leurs produits phares, et creuser encore un peu plus l’écart entre leur offre et le moyen de gamme.
Vers une segmentation toujours plus prononcée
L’arrivée imminente des puces gravées en 4 nm pourrait déjà être, en soi, une nouvelle signant la consécration de TSMC.
Elle ne vient pourtant pas seule : le groupe a également dévoilé, le 1er avril, son plan d’investissement pour les trois prochaines années. Ici encore, la démesure et le décalage flagrant avec la concurrence sont de mise : 28 Mds$ (23 Md€) seront dépensés cette année pour augmenter les capacités de production.
Cette enveloppe est d’ampleur historique pour l’entreprise comme pour l’ensemble du secteur. Plus impressionnant encore, l’effort sera maintenu en 2022 et 2023. Sur les trois prochaines années, ce seront ainsi 100 Mds$ (82 Md€) qui seront investis dans l’outil de production.
Ces sommes prennent tout leur sens une fois comparées aux différents plans d’investissement dans le semi-conducteur annoncés ces dernières semaines : 30 Mds€ en Europe, 38 Mds€ en Chine, 41 Mds€ aux Etats-Unis… TSMC a pour ambition d’investir, au bas mot, autant que les trois grands blocs économiques réunis !
Si la question du financement se pose encore (TSMC ne disposant « que » de 28 Mds$ de cash), nul doute que le Taïwanais pourra profiter des taux bas, de l’engouement pour le semi-conducteur et de l’appétence des investisseurs pour les marchés en croissance pour se financer à bon compte.
L’hyper-segmentation du monde du semi-conducteur, et par effet domino du marché des produits électroniques, n’est pas prête de se résorber. Dans les prochaines années, il y aura plus que jamais quelques meneurs qui captent la majorité des bénéfices et un peloton de suiveurs qui peinent à être rentable.
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Vous recevrez bientôt un dossier complet sur ASM International et les conséquences du grand plan de TSMC sur l’entreprise. D’ici là, avant que la nouvelle ne s’ébruite dans le petit monde de l’investissement tech, vous pouvez mettre ASM International en portefeuille.
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Etienne Henri
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