
Maïté nous a envoyé un e-mail la semaine dernière suite à l’annonce du delisting de Didi Chuxing du Nyse et son rapatriement vers Hong Kong. En substance, elle nous disait être placée sur des big caps chinoises et se demandait si un rebond était possible.
Sur ce point, comme ce bon vieux Munger, je continue de penser que la Chine est survendue et je fais le dos rond. Nous en avons d’ailleurs parlé avec Etienne, et il est entièrement d’accord. Sur le long terme, il n’y a pas lieu pour l’instant de s’affoler. La tension entre la Chine et les Etats-Unis est à un très haut niveau en ce moment, mais ils ont besoin l’un de l’autre.
Les marchés aiment extrapoler et se faire peur… puis sombrer dans des excès d’enthousiasme.
Nous le voyons avec le COVID-19 et Omicron. Nous n’étions pas loin de l’Apocalypse… Puis Omicron s’est avéré moins virulent que Delta… Puis, de nouveau, Omicron est finalement dangereux car les vaccins ARN ne fonctionneraient pas correctement dessus. Bref…
Cette surréaction est de plus en plus violente, car l’effet boule de neige de l’information prend à plein : Bloomberg en parle, puis le Financial Times, puis LCI et on matraque pendant 48 heures. Puis on change de sujet.
Nous vivons dans un monde, de surinformation et d’hystérie, qui crée ces comportements irrationnels. Rappelons-nous que Facebook devait mourir du scandale de Cambridge Analytica, qui a commencé en mars 2018. Entretemps, il y a eu plusieurs rebonds et rechutes. Au total, le titre a pris 156 % sur cinq ans…
Donc, oui, je pense qu’un rebond est possible sur les big techs chinoises, c’est même la base de notre thèse d’investissement actuelle. Nous vous invitons à vous reporter à cette vidéo et au dossier que nous avons publié pour creuser le sujet.
https://www.youtube.com/watch?v=oVp0C7NsEQo
Passons maintenant à la question du delisting des actions chinoises. Que se passe-t-il dans ces cas-là ?
Avantages et inconvénients du delisting
Dans le cas d’un delisting aux Etats-Unis, vous obtiendrez des actions cotées en Chine ou une offre de rachat de vos actions. Compte tenu de la taille de ces sociétés, le rachat à vil prix poserait de lourds problèmes. Comme le montre l’exemple de Didi Chuxing, il semble que beaucoup d’entreprises finiront par se coter à Hong Kong. Les actions seront basculées vers cette nouvelle Bourse pour les actionnaires.
Pour autant, ce passage des Etats-Unis à la Chine n’a pas que des inconvénients.
On passe potentiellement d’un VIE (donnant droit à des dividendes, mais pas de vote pour l’AG) à des actions « normales ». On obtient donc le droit de vote, même si Hong Kong peut parfaitement garder ce système de VIE. Chaque cas sera unique.
Dans tous les cas, sur ces méga-capitalisations, vous ne risquez ni de tout perdre ni de voir une boîte publique (au sens de cotée) passer en privé (au sens de non-cotée). La Chine a toujours besoin de créer un marché des capitaux fort avec un besoin de traction.
L’attitude de la Chine face à ses big techs
Le fait de limiter le M&A au sein de la tech a pour conséquence de forcer beaucoup de partenaires des BATX à couper dans leurs coûts, car les possibilités de fusionner avec des entreprises plus grosses s’estompe. Le cas de iQiyi, sorte de Netflix à la chinoise, qui vient de licencier 40 % de ses effectifs en est un exemple.
La société n’est pas rentable et si le marché pariait autrefois sur la fusion de iQiyi et de Tencent, cela semble désormais impossible. Sauf que le marché chinois est trop petit pour quatre acteurs… et cela va empêcher l’émergence de champions locaux.
Je continue de penser que la Chine cherche à mettre de l’ordre et à gommer le comportement de certains patrons de la tech qui s’imaginent au même niveau que le PCC. Continuer cette répression trop longtemps engendrerait des risques sur l’emploi, la R&D, etc. Les effets négatifs seraient potentiellement supérieurs aux effets escomptés par le Parti.
J’ajouterai pour finir une chose que beaucoup ignorent en Occident…
N’oublions pas que ce sont les ingénieurs qui règnent en Chine
L’Occident à fait le pari des technocrates. Ce n’est pas le cas en Chine, où le gouvernement est composé à 70 % d’ingénieurs. C’est en partie pour cette raison que la Chine a pris l’ascendant dans la sécurisation de ses approvisionnements en minerais.
Un technocrate loin des réalités du terrain – comme Elisabeth Warren, Donald Trump ou Alexandria Ocasio-Cortez, aux Etats-Unis et bien d’autres en Europe – peut imaginer que découper WeChat en une multitude de sous-programmes est possible et surtout simple. Au contraire, l’ingénieur comprend bien le principe d’imbrication technologique qui rend peu probable et très risqué le découpage des géants du numérique qui sont entre autres des exploitants de logiciels.
Le gouvernement chinois est d’ailleurs bien conscient de l’utilité d’avoir des services qui permettent de toucher tous les Chinois rapidement, comme le prouve le fait que la Banque centrale chinoise ait fait appel à Alibaba et Tencent pour pousser son stable coin et son nouveau wallet.
Je reste donc persuadé que Tencent ou Facebook, même combat. Seule la désaffection des consommateurs et l’apparition de produits plus efficaces feront tomber ces géants, ce qui se fera lentement. C’est ce que nous avons constaté avec l’effritement de Yahoo ou de BlackBerry avant leur effondrement.
Dans le fond, je doute fortement qu’un gouvernement (américain ou chinois) découpe demain un de ses géants. Le renouvellement de la direction d’Alibaba pointe d’ailleurs dans ce sens. Renouvellement majeur, mais dans la continuité.
A notre bonne fortune,
Arthur Toce
NewTech Insider Europe
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