
Alors que le mois de juin s’est achevé, je pense que vous conviendrez que ces trois derniers mois ont été éprouvants et frustrants.
En général, je fuis la politique et je me concentre sur les actions, l’innovation et l’économie. Mais parfois, comme en ce moment, il est crucial de comprendre de quelle façon les gens de Washington peuvent avoir un impact direct sur les politiques qui forgent notre économie.
Je m’explique.
Le poulailler ouvre son bec
La semaine dernière, le président de la Fed, Jerome Powell, a prononcé son discours semestriel devant les membres de la Commission des affaires bancaires du Sénat.
Et même si nous savons tous que les politiciens adorent se donner en spectacle et, quand c’est nécessaire, rappeler au public que ce n’est pas de leur faute quand il se passe quelque chose d’horrible, les questions et commentaires venus des deux partis ont été pénibles à entendre.
Elizabeth Warren (parti démocrate, Massachusetts) est intervenue avec cet adorable commentaire adressé à Jerome Powell :
« Savez-vous ce qui est pire qu’une inflation élevée et un chômage faible ? C’est une inflation élevée et une récession qui mettent au chômage des millions de personnes. Et j’espère que vous en tiendrez compte avant de précipiter l’économie dans le gouffre. »
Richard Shelby (parti républicain, Alabama) avait coiffé sa casquette de Captain Obvious [NDLR : quelqu’un qui se ridiculise en énonçant des évidences] et nous a gratifiés de ce commentaire brillant :
« Je pense que la Réserve fédérale et ce gouvernement ont manqué à leur devoir vis-à-vis du peuple américain en ne tenant pas compte de ces avertissements il y a un an et en n’intervenant pas avant pour y remédier. »
Et le « bouquet », ce fut cette suggestion d’Alexandria Ocasio-Cortez (parti démocrate, New York) :
« Soutenez d’autres méthodes, à part les hausses de taux, pour faire baisser l’inflation, comme des lois antitrust plus sévères, ou en limitant les hausses de prix pratiquées par les prestataires du gouvernement. »
Ce n’est un secret pour personne : les récessions sont néfastes pour les politiciens, surtout ceux qui sont dans la majorité. Et personne ne le comprend mieux que les membres du Congrès.
Il est parfaitement logique que des personnalités telles qu’Alexandria Ocasio-Cortez et Richard Shelby s’aventurent à rappeler à tous ceux qui écoutent qu’ils n’ont rien à voir avec tout ce qui va de travers, sur le plan économique.
Mais il y a un problème… L’inflation est un animal brutal qui s’insinue dans l’économie américaine de manière très négative depuis les années 1970.
La façon la plus rapide de juguler l’inflation consiste à relever les taux d’intérêt (en augmentant donc le coût du capital) et en laissant AUGMENTER le chômage. En gros, Elizabeth Warren est dépassée lorsqu’elle commente l’inflation, les niveaux de chômage et ce qu’il faudrait faire pour redresser l’économie.
Et quid d’Alexandria Ocasio-Cortez ?
Savez-vous quel est l’outil le plus efficace, quand on veut créer une énorme pénurie de biens et services ? Le plafonnement des prix. Les pénuries sont le moyen le plus rapide de faire flamber les prix.
Nous savons déjà que la Fed a attendu trop longtemps pour commencer à relever les taux et à réduire la masse monétaire.
Mais avant d’être tenté de prendre au pied de la lettre ce que disent ces politiciens, sachez que la partie la plus difficile, pour juguler l’inflation et les dépenses publiques, c’est simplement de leur crier : « Fermez-la, les politiciens ! »
Paul Volcker a dompté l’inflation à la fin des années 1970 et au début des années 1980 en faisant fi de TOUTE la pression politique et en appliquant des mesures impopulaires. Les fondations qui ont soutenu la prospérité économique dont les politiciens adorent parler (et dont ils revendiquent le mérite), à partir des années 1980 et 1990, ont été créées par le président de la Fed de l’époque : Paul Volcker.
Alors aujourd’hui, la balle est dans le camp de Jerome Powell.
Et si Jerome a le courage d’ignorer les politiciens et de faire ce qu’il faut pour juguler l’inflation, alors nous célèbrerons un nouveau marché haussier dans relativement peu de temps.
Bien cordialement,
James Altucher

