
À la rédaction de Revenus Secrets, nous abordons régulièrement le thème des sociétés détestées par Wall Street.
Car Wall Street aime bien se focaliser sur l’esthétique, ce qui selon moi est une erreur. Et on ne peut trouver de meilleur exemple, pour l’illustrer, que notre recommandation de cette semaine : Pinterest (NYSE : PINS).
Comprendre l’approche de Wall Street
Jeudi dernier, après la clôture des marchés, Pinterest a publié des résultats qui ont déçu Wall Street.
L’action a chuté de 20% après la clôture des marchés.
Vendredi matin, avant la réouverture des marchés, la perte s’était amplifiée et atteignait 25%.
L’action semblait bien partie pour tomber au-dessous de son cours d’introduction (il y a un an) à l’ouverture de cette séance. Et ce malgré une énorme augmentation de son chiffre d’affaires et un bénéfice positif avant impôts, intérêts et amortissements (EBITDA).
Et sur quoi cette grosse déception porte-t-elle ?
Le chiffre d’affaires a déçu les attentes du consensus des analystes de Wall Street d’un quart de 1% : c’est-à-dire 0,22%. C’est comme si vous prêtiez 100 $ à un ami et que vous lui tranchiez un bras parce qu’il ne vous a rendu que 99,78 $.
Bon… Il aurait été bien plus logique que les analystes jugent l’évaluation de Pinterest en se basant sur l’anticipation de la baisse de son cours, avant que la séance ne débute vendredi dernier. Mais Wall Street n’opère pas selon cette logique.
Douze analystes ont révisé à la baisse le cours qu’ils avaient ciblé. L’action n’a obtenu qu’une seule note révisée à la hausse. À l’ouverture de séance, le titre cotait 19,63 $, puis il a chuté en début de séance avant de clôturer en hausse de 6,3% par rapport à son cours d’ouverture.
Ce qu’ont fait ces analystes – réviser leur cours cible à la baisse et dégrader la note du titre – a l’air plutôt idiot, n’est-ce pas ?
Malheureusement, l’historique ne fait pas toujours apparaître ce genre de choses en raison de la manière dont Wall Street « traite » les réactions négatives de ces analystes.
En effet, lorsque leurs changements d’opinion sont publiés juste avant une nouvelle journée de cotation – et alors même que tout le monde a bel et bien vu les mouvements opérés par le titre la veille après la clôture – ces avis sont considérés par rapport au cours enregistré la veille à la clôture.
Par conséquent, on attribue du mérite à ces dizaines d’analystes en se basant sur la cotation de la veille – 25,14 $ en l’occurrence – au lieu de se baser sur le cours de 19,63 $ affiché à l’ouverture de séance, vendredi, et que la terre entière a vu arriver.
C’est ainsi que Wall Street « gagne » à tous les coups. Tout tourne autour de la façon de voir les choses et de les formuler.
Heureusement, nous pouvons en tirer parti.
Se concentrer sur les fondamentaux
Pinterest ne nous est pas inconnu. Vous pouvez lire ici ce que j’ai déjà écrit à son propos.
Cette société d’e-commerce, et moteur de « découverte visuelle », commence à sortir de l’enfance. Son site et son application offrent des millions de « pins » qui agissent comme un tableau de liège virtuel grâce auquel les utilisateurs peuvent rechercher de l’inspiration.
Je pense qu’il vaut mieux s’attaquer d’abord aux « mauvaises nouvelles » : ces nouvelles concernant ses résultats, évoquées plus haut.
Pourquoi Pinterest s’est-elle fait matraquer à ce point la semaine dernière ?
La société a publié un chiffre d’affaires de 280 M$, alors que Wall Street avait tablé sur 280,62 M$. Cette déception a suffi à générer des gros titres comportant les mots « déception » et « insuffisance ».
En réalité, la déception est une erreur d’arrondi provoquée par les analystes et non par la société. Et c’est tout le problème, lorsque l’on se fie aux gros titres comportant des termes négatifs concernant des résultats qui, en gros, sont pourtant conformes aux attentes de Wall Street.
La deuxième partie des gros titres disait que Pinterest affichait une perte de 0,23 $ par action alors que l’on s’attendait à une perte de 0,04 $ par action. J’admets que cela ne ferait pas bonne impression si le chiffre était correct. Mais ce n’est pas le cas : le chiffre correct était en fait un BÉNÉFICE de 0,01 $ par action.
Et donc, malgré ce chiffre d’affaires insuffisant, la société a enregistré un bénéfice alors que Wall Street s’attendait à une perte.
Je suis à peu près sûr qu’une société enregistrant un bénéfice ne va pas mettre la clé sous la porte, alors c’est légèrement plus important, selon moi, qu’une déception de 0,22% sur le chiffre d’affaires. Ne négligeons pas le fait que Pinterest possède également 1,73 Md$ de trésorerie, selon ses comptes.
On devrait se concentrer sur la moyenne de ses utilisateurs actifs mensuels (« MAU« ), le revenu moyen généré par utilisateur, ses opportunités d’expansion à l’international, et les opportunité d’expansion de son chiffre d’affaires. Toutes ces catégories affichent une performance telle que les acheteurs devraient se précipiter sur l’action une fois surmonté le choc provoqué par ces gros titres et les pitreries de Wall Street.
Le nombre d’utilisateurs actifs mensuels, sur le plan mondial, a augmenté de 28% d’une année sur l’autre pour atteindre 322 millions de personne. Aux États-Unis, marché ayant acquis de la maturité, pour Pinterest, ce chiffre a progressé de 8% tandis qu’à l’international il s’est envolé de 38%. La société a enregistré une croissance à deux chiffres de ses utilisateurs actifs mensuels dans presque tous les pays en dehors des États-Unis.
Le revenu moyen total par utilisateur (« ARPU« ) a progressé de 14% pour atteindre 0,90 $, les États-Unis représentant 2,93 $ et l’international 0,13 $. Si le chiffre réalisé à l’international paraît maigre, il progresse rapidement au rythme de 127% d’une année sur l’autre, alors que certains pensaient qu’il ne dépasserait jamais 1 ou 2 cents régulièrement.
La croissance à long terme
Pinterest a étendu ses activités publicitaires à 28 pays, soit une progression de neuf pays par rapport au trimestre précédent. Mobile Ads Manager est également présent dans 19 pays.
Avec ce pas décisif en direction des pays de langue anglaise et de l’Europe de l’Ouest, la direction pense générer un meilleur rendement – pour elle et les actionnaires – en développant ces marchés (comme elle l’a déjà fait aux États-Unis) plutôt qu’en étendant sa présence à de nouveaux pays ou de nouvelles régions.
L’expansion est coûteuse alors que l’évolutivité est efficace. Même si cela ne contribue pas à augmenter le chiffre d’affaires, cela devrait booster considérablement les bénéfices au cours des prochaines années.
Et voilà sur quoi nous devrions nous concentrer : les prochaines années.
Mais à Wall Street, on est adepte de la culture du « qu’avez-vous fait pour moi, dernièrement ? ».
Les analystes expriment des inquiétudes concernant le ralentissement de la croissance de l’entreprise car les améliorations apportées actuellement aux produits et services de la société ne vont pas permettre d’augmenter le chiffre d’affaires de la même façon que l’an dernier. Mais les effets seront bénéfiques à long terme, par nature.
Et cela ralentirait la croissance ? Nous avons là un chiffre d’affaires qui progresse de 47% d’une année sur l’autre, et un bénéfice avant impôt, intérêts et amortissements (EBITDA) qui a progressé de 129%.
Je veux bien que cela ralentisse la croissance, surtout si on le voit comme quelque chose que la direction est en train de bâtir pour que la société en bénéficie à long terme.
Le problème que nous constatons dans beaucoup d’entreprises, sur le marché actuel, est le suivant : elles veulent s’accroître à tout prix, et cela se traduit rarement par de la solidité et une réussite à long terme.
D’énormes améliorations apportées au Pinboard
En se basant sur les retours de ses utilisateurs (les « pinners« ), Pinterest a simplifié son application, amélioré la navigation et posé les bases permettant d’ajouter de nouvelles fonctionnalités à l’avenir.
Ces récentes améliorations concernant les recommandations de recherche personnalisée ont généré plus de 100% de fidélisation des utilisateurs d’une année sur l’autre.
L’amélioration des algorithmes de hiérarchisation a également contribué à améliorer ces recommandations.
De plus, la société a ajouté un outil pour vidéos sponsorisées permettant aux annonceurs de définir les objectifs de conversion avec plus de précision, notamment en incluant l’âge.
La partie la plus exaltante, à long terme, c’est l’e-commerce. Je l’avais d’ailleurs évoqué dans ma première recommandation qui nous a permis de générer un gain. Je disais que cela allait arriver. Eh bien voilà, c’est là.
La société continue d’accroître le catalogue d’articles disponibles à l’achat sur son site. De plus, elle met en ligne des catalogues de produits à un rythme incroyable (une progression de 75% d’un trimestre à l’autre).
Et voici le résultat : une augmentation du nombre de clics vers les sites de vente des sociétés utilisant cette approche.
Pinterest pousse encore plus loin en utilisant l’intelligence artificielle pour faire correspondre des images d’inspiration, sur Pinterest, avec des produits que l’utilisateur peut acheter. Le nombre d’utilisateurs actifs mensuels aux États-Unis a progressé de 100% d’un trimestre sur l’autre, grâce à cette nouveauté. Bientôt, elle s’étendra à l’international, également.
À un moment donné, Wall Street s’apercevra de la même chose que nous, mais pour l’instant, cela nous offre une énorme opportunité dans la mesure où le récent sell-off a fait dégringoler le cours de l’action.
Voici comment épingler des revenus dans notre portefeuille.
Action à prendre :
Vendre 5 puts PINS DEC2019 21 P.
C’est une option de vente sur Pinterest (NYSE : PINS) d’expiration 20 décembre 2019 et de strike 21 $. Ce put est actuellement au prix de 1,63 $ (bid à 1,60 $ et ask à 1,65 $).
En faisant cela, vous obtiendrez 815 $ de revenus aujourd’hui.
En retour, vous acceptez l’obligation d’acheter des actions PINS – mais seulement si l’action tombe en dessous de 21 $ à l’expiration le 20 décembre.
Si cela se produit, nous devrons investir 2 100 $ par contrat pour acheter les actions de la société.
Avec 5 contrats, c’est 10 500 $ – moins les 815 $ recueillis – pour acheter 500 actions.
Maintenant, si l’action est au-dessus de 21 $ à l’échéance, alors nous empochons les 815 $ et n’avons aucune obligation d’acheter les actions !
N’oubliez pas la relation d’un contrat à 100 actions et ne vendez JAMAIS des contrats pour plus d’actions que vous ne pouvez vous permettre d’acheter.
Dans votre compte de courtage, localisez les options de vente PINS du 20 décembre 2019, 21 $ :
- Le symbole est PINS191220P00021000.
- Ouvrez la chaîne d’options sous le symbole boursier (ou ticker) PINS.
- Assurez-vous de choisir le bon mois (décembre 2019).
- Assurez-vous de choisir les options mensuelles (expirant le 20 décembre 2019).
- Choisissez le prix d’exercice de 21 $.
- Sélectionnez les options « put » (options de vente).
- Sélectionnez le nombre de contrats à vendre (5 contrats dans cet exemple).
- Une fois que vous avez le bon contrat, cliquez sur « vendre ».
- Choisissez « ordre à cours limité ». Ceci fixe le prix de la transaction.
- Utilisez un ordre à cours limité entre le bid (meilleur acheteur) et le ask (meilleur vendeur) du moment.
- Cliquez sur « transmettre » pour transmettre l’ordre.
Si vous avez de la difficulté à vendre au prix de 1,63 $, vous pouvez choisir d’abaisser graduellement votre limite. Mais ne vendez pas pour moins de 1,20 $.
Bien entendu, si le prix est au-dessus de 1,63 $ lorsque vous êtes devant les écrans, vendez à ce prix plus élevé. En bref, vendez au prix du marché du moment, entre le bid et le ask, en essayant d’optimiser, mais pas en dessous de 1,20 $. Si vous ne pouvez pas vendre au-dessus de ce prix, laissez passer cette opportunité et attendez la suivante, ou attendez de voir comment se comporte l’action dans les prochains jours (il se peut qu’elle baisse et que le prix du put augmente).
Pour avoir les niveaux du bid et du ask en temps réel et ainsi réaliser un trade pertinent par rapport au prix du marché, il est fortement recommandé de prendre l’abonnement aux données en temps réel pour les options US chez votre broker.
Sincèrement,
James Altucher

