
Voici quelques jours, Alix posait une question tout à fait pertinente à l’occasion de la conférence d’Arthur sur les valeurs qui pourraient bénéficier encore de la pandémie.
« Vous avez conseillé la société Voltalia, vous avez fait une comparaison avec Albioma, je me posais une question : pourquoi n’avez-vous pas parlé de la société Neoen qui est un acteur non négligeable dans le domaine de l’énergie renouvelable ? »
La question mérite en effet d’être posée ! Elle va me permettre de revenir sur notre mécanique de constitution de portefeuille.
A première vue, les deux entreprises sont similaires. Les deux sont des producteurs d’énergie verte français. Le cours de leurs actions sont du même ordre de grandeur : respectivement 22 € pour Voltalia (FR0011995588) et 34 € pour Neoen (FR0011675362) à l’écriture de ces lignes. Il en est de même pour leur capitalisation boursière respectivement de 2,1 Mds€ et de 3,7 Mds€.
Leurs ratios boursiers se tiennent, eux-aussi, dans un mouchoir de poche.
Les deux entreprises ont le même cœur d’activité : la construction et l’exploitation de sites de production d’électricité propre – que la source primaire soit basée sur le solaire ou l’éolien. Même les parcs sont d’ampleur comparable : à fin 2020, Voltalia possédait 1,3 GW de puissance brute en exploitation ou construction tandis que Neoen possédait pour sa part 4,1 GW à la même date.
Lorsque l’on souhaite investir dans les valeurs françaises de la transition énergétique, les deux dossiers sont pertinents – il reste néanmoins possible de maximiser ses chances de plus-value en creusant les chiffres des entreprises.
Comment investir dans les luttes fratricides ?
Nos capacités d’investissement ne sont pas extensibles à l’infini. Il est bien sûr possible de saupoudrer nos investissements et d’ouvrir une position sur chaque sujet, sur les deux ou trois premiers acteurs du marché. Cette stratégie sectorielle permet, sur le papier, de limiter les risques de choisir le « mauvais cheval » et de maximiser la probabilité de posséder, sur le long terme, l’acteur qui dominera le marché.
Cela revient, en quelque sorte, à acheter dès leurs débuts Instragram, Facebook et MySpace pour s’assurer de profiter de l’essor des réseaux sociaux.
Cette stratégie a du sens si vous disposez de moyens illimités… mais n’est pas adaptée au monde réel dans lequel notre capacité d’attention et nos moyens sont finis. Plutôt que de chercher à ignorer le risque en diluant ses investissements (et réduisant au passage son potentiel de plus-value), il est souvent plus intéressant de creuser en profondeur les dossiers pour acheter au meilleur prix celui qui offre le plus grand potentiel de plus-value.
Peu importe, in fine, qui domine le marché.
Pour reprendre l’exemple des réseaux sociaux, on pourrait penser que les actionnaires de la première heure d’Instagram se sont trompé de cheval, la plateforme a été rachetée en 2012 par Facebook pour 1 Md$… alors qu’ils ont été de grands gagnants, empochant une plus-value très importante rapidement.
Il s’agit de l’exemple-type d’un accord gagnant-gagnant. A l’époque, les analystes s’accordaient sur le fait qu’Instagram avait été surpayée par Facebook. La plateforme ne comptait, lors du rachat, que 30 millions d’utilisateurs actifs et le prix par utilisateur semblait totalement déconnecté de la réalité.
Près de dix ans plus tard, il est évident que Facebook a fait une bonne affaire. Début 2021, le nombre d’utilisateurs de la plateforme dépasse le milliard, 70 % des membres ont moins de 35 ans, et ils passent en moyenne 53 minutes par jour sur le site.
Bilan des courses : peu importe qu’Instagram vole encore ou non de ses propres ailes. Peu importe qu’il soit devenu ou non le « numéro 1 » des réseaux sociaux. Les actionnaires de la première heure ont fait une bonne affaire, et il en est de même pour la grosse main qui a racheté l’entreprise.
Cette stratégie se décline sur tout le secteur de la tech.
Un numéro 2 plus désirable que le leader
C’est pour cette raison que Voltalia mérite d’être au portefeuille des investisseurs technophiles qui souhaitent être exposés à la transition énergétique.
Elle a pour avantage d’être d’une ampleur suffisamment modeste pour pouvoir être la cible de rachats tout en ayant une croissance intrinsèque telle qu’elle n’aura en aucun cas raison de se brader.
C’est lorsque la mariée peut se permettre d’éconduire ses prétendants qu’elle est le plus désirable, et les chiffres montrent que Voltalia est dans cette position favorable.
Il y a quelques jours, l’entreprise a publié ses chiffres du premier trimestre 2021. Alors que le reste de l’industrie est attentiste et que les grands gagnants de la crise sanitaire connaissent des dégagements qui donnent des sueurs froides aux investisseurs, l’activité de Voltalia s’envole littéralement.
Malgré des effets de change défavorables (à ne jamais négliger pour les entreprises opérant à l’international), son chiffre d’affaires de vente d’énergie au premier trimestre s’est monté à 40,4 M€, contre 30,1 M€ l’année passée. La hausse représente +34 % sur douze mois, et ne s’arrête pas à la production d’énergie. Les services ont aussi connu une croissance fulgurante de +38 % sur la même période tandis que les éliminations de revenus connaissaient pour leur part une baisse de -59 %.
Cet alignement des planètes a permis à l’entreprise d’encaisser un revenu consolidé de plus de 63,9 M€ sur la période, en hausse de +73 % à taux courants par rapport 2020, et même +95 % à taux constants.
La production réalisée sur le premier trimestre s’établit à 797 GWh, en hausse de +101 % par rapport à la même période de l’exercice précédent. Voltalia est par conséquent sur une trajectoire de croissance idéale tout en restant de taille suffisamment modeste pour pouvoir capter l’attention de grosses mains.
Spécificité de la transition énergétique oblige, les possibilités de rachats sont doubles. Voltalia est OPAble comme toute valeur de croissance, et peut aussi vendre à la découpe son parc de production. Il existe en effet une forte demande pour les centrales clé en main de la part des énergéticiens souhaitant augmenter leur capacité de production d’énergie décarbonée.
C’est pour cette raison que Voltalia fait partie des cibles évidentes si vous souhaitez profiter de l’essor des énergies vertes. Même son prix, en faisant abstraction de sa capacité de croissance, n’est pas si élevé par rapport à Neoen. Rapporté à son bénéfice 2020, l’action s’échange sur un PER de 285 contre 1 044 pour Neoen soit près de 4 fois moins cher.
Acheter moins cher pour gagner plus – c’est ce qui m’a conduit à privilégier, dans notre portefeuille, ce numéro deux en croissance insolente plutôt qu’un numéro un aux opportunités moindres.
MON CONSEIL
Vous pouvez encore acheter
Voltalia (FR : VLTSA – FR0011995588) jusqu’à 25 €.
Bons investissements,
Etienne Henri
NewTech Insider Europe
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