
Le sommet Paradigm Shift, qui s’est tenu la semaine dernière au Wynn de Las Vegas, a été absolument génial. Il y a eu foule, l’énergie a pulvérisé les compteurs et j’ai eu de fabuleux entretiens en tête-à-tête avec mes lecteurs.
Lors de plusieurs de ces discussions, plusieurs questions ont été soulevées à propos de la gestion du risque et de la dimension des positions.
Certains lecteurs ont pu rencontrer notre analyste, Bob Byrne, et échanger avec lui.
Bob a été trader professionnel pendant vingt ans. Mais si vous lui demandez ce qu’il faisait réellement, il vous répondra qu’il était gestionnaire de risque.
Je lui ai demandé d’intervenir exceptionnellement dans cette alerte hebdomadaire, et de vous raconter une histoire qu’il m’a confiée il y a des années, sur sa façon de gérer le stress car – aussi sensée que soit son approche – personne ne me l’a jamais expliquée comme lui.
Mais gardez bien à l’esprit que ni Bob ni moi ne pouvons vous indiquer précisément comment répartir votre capital d’investissement, ajuster la dimension de vos positions ou, honnêtement, décider de la proportion de risque que vous devez prendre. Vous seul pouvez répondre à ces questions.
Alors, sans plus tarder, je passe le relais à Bob…

Par Bob Byrne
« La première chose que vous devez connaître, c’est vous-même. Un homme qui se connaît peut sortir de lui-même et étudier ses propres réactions comme un observateur. »
–Adam Smith/George Goodman, The Money Game
Comme l’a dit James, au cours de mes vingt ans de trading, je me suis toujours considéré comme un gestionnaire de risques. Si je gérais mon risque d’une main de fer tout en surveillant la dimension de mes positions, les résultats à long terme étaient généralement favorables.
James m’a demandé d’intervenir à propos de la gestion du stress et de la dimension des positions d’un portefeuille, alors allons-y.
Pendant vingt ans, je me suis assis chaque jour devant des écrans de trading dont le nombre pouvait aller jusqu’à huit et j’ai réalisé des transactions sur des centaines de milliers d’actions.
Pendant des années, j’ai pratiqué le « scalping » [NDLR : technique boursière qui consiste à acheter et revendre très rapidement, de très nombreuse fois, pour profiter des variations de cours]. J’ouvrais et je refermais des dizaines de positions toutes les 90 secondes.
Au cours de cette période, j’ai développé inconsciemment une façon de déterminer si je prenais trop de risques ou si je n’étais pas dans le bon état d’esprit pour faire des trades.
« Ne pas être dans le bon état d’esprit » est une façon de dire que l’on est trop contrarié par une perte ou trop exalté par un gain. L’investissement, surtout le trading, exige un contrôle quasi total de ses émotions.
Les investisseurs et les traders doivent aspirer au stoïcisme. Si vous êtes trop attristé par une perte ou trop enthousiasmé par un gain, vous allez probablement prendre de mauvaises décisions.
Mais revenons à l’époque où j’étais trader…
Chaque fois que je sentais un élancement au niveau des lombaires, je savais que je prenais trop de risques ou que je n’étais pas dans le bon état d’esprit.
D’après mon expérience, c’est la volonté de gagner trop sur un seul pari – ou de renforcer une position perdante en essayant de « prendre sa revanche » sur une action, ou de compenser une perte – qui entraîne une prise de risque excessive.
Dans tous les cas, une prise de risque excessive est toujours redoutable.
En tant qu’individu ayant pratiqué le trading tous les jours pendant vingt ans, je n’ai eu d’autre choix qu’identifier ces moments où je devais corriger le tir et reconfigurer mes paramètres de risque. Dans mon cas, le message envoyé par mon corps était tout simplement cet élancement au niveau des lombaires.
Lorsque je ressentais cette douleur, je savais qu’il était temps de quitter ma table de travail, de réévaluer mes positions et de m’assurer que je n’étais pas en train de dépasser les bornes, en termes de risque et d’état d’esprit.
Le conseil que j’ai à vous donner est très simple.
Si vous n’êtes pas (encore) sûr des messages que vous envoie votre corps, alors faites simple. Les traders professionnels ont un dicton : « Liquidez une position jusqu’à ce que vous puissiez dormir la nuit. »
Si une position ou une dizaine d’entre elles vous font stresser à en perdre le sommeil, vous êtes probablement en train de prendre trop de risques. Et le moyen le plus facile de remédier à cette situation consiste à éliminer une partie ou la totalité de ce risque.
Alors que cet élancement au niveau des lombaires m’a toujours signalé dans la journée que j’avais quelque chose à régler, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai compris que j’étais mal à l’aise avec l’une de mes positions et où j’ai décidé immédiatement de tout réduire de 50%, voire plus.
Même si le contrôle des émotions est primordial lorsque l’on investit, vous devez identifier le moment où il est temps de liquider une position (ou un portefeuille) pour pouvoir dormir paisiblement la nuit.
La dimension des positions : ne faites pas de paris hasardeux
Je ne crois pas qu’il existe une approche universelle, en ce qui concerne la bonne dimension d’une position. Certains investisseurs aiment bien répartir leurs actifs dans quelques positions là où d’autres font un grand nombre de petits paris.
Je ne pense pas détenir une seule position dépassant quelques points de pourcentage, au sein de mon portefeuille dédié aux actions qui versent des dividendes.
Mes paramètres de risque ont toujours été axés sur le fait qu’une seule entreprise ne puisse jamais avoir un effet négatif sur mon portefeuille tout entier (ou le détruire).
Et soyons francs… Je pense que dédier un compartiment de 20% ou 25% à un seul investissement revient à faire un pari hasardeux. Si vous gérez un portefeuille de 50 000 $ et que vous répartissez vos paris sur quatre ou cinq actions, si l’une de vos positions tourne mal et chute de 90%, elle peut pénaliser votre portefeuille. Et je n’ai jamais recommandé cette stratégie à personne.
Certes, en période de marché baissier comme celle que nous traversons, la plupart des positions sont en difficulté. Mais je parle de périodes normales, ou au cours desquelles les actions évoluent à la hausse (plus fréquentes que celles où elles baissent).
Un simple calcul nous enseigne que si l’on investit tout son argent dans un petit nombre de positions, un seul mauvais investissement peut avoir un grave impact sur nos résultats.
Naturellement, je préfère avoir plus de positions et conserver un solde de trésorerie sain. Et cela veut dire qu’il faut placer moins de 10% dans n’importe quel investissement (en pourcentage du portefeuille).
En tant que trader et investisseur, je refuse d’investir démesurément dans une seule action au point d’en perdre le sommeil si quelque chose tournait mal (faillite, marché baissier, résultats financiers calamiteux, etc.).
Autrement dit, tout investissement réalisé est assez modeste pour que, s’il tombait à zéro demain, mon mode de vie demeure totalement inchangé.
Mettons cela en pratique
Il y a deux semaines, James vous a conseillé Recharge Resources (RECHF).
Et je détiens personnellement des actions de cette société.
Toutefois, comme c’est une microcap, il ne fait aucun doute que cet investissement est extrêmement spéculatif. Et en tant que tel, la taille de ma position reflète ma tolérance au risque.
Lorsque James et moi avons parlé de Recharge Resources pour la première fois, j’ai indiqué que, selon moi, comme cette action cotait aux alentours de 0,40 $, tout investissement devait être assimilé à une option call. Je pars du principe que vous avez entendu parler des options et des primes de calls.
Dans ce cas, c’est simplement la somme que paye un investisseur pour un contrat d’option conférant à l’acheteur le droit – mais pas l’obligation – d’acheter une action à un prix déterminé avant une date déterminée. Si l’option call n’est jamais vendue ou exercée, l’investisseur qui vous l’a vendue conserve la prime que vous avez versée et l’action liée à ce contrat d’option.
Donc, si vous achetez un contrat call mais que vous ne l’exercez ou ne le revendez jamais, la prime que vous avez payée finit par tomber à zéro et ne plus avoir de valeur.
Quand j’assimile le cours de l’action Recharge – de 0,40 $ ou 0,50 $ – à une option call, c’est une façon de dire que si cette action ne génère pas de solides résultats avec sa mine de lithium de Pocitos, vous devez être prêt à voir le cours de son action chuter nettement et peut-être même tomber à zéro.
Alors je le répète : si vous détenez des actions de Recharge Resources (ou toute action !) et que la volatilité du titre vous stresse ou vous empêche de dormir, cela veut dire que le risque est probablement trop important.
Et vous avez deux solutions.
La première est simple : réduisez votre position jusqu’à un niveau où votre stress retombera à zéro, et offrez-vous une bonne nuit de sommeil. Cela peut impliquer la vente de la majeure partie de votre position, si vous vous êtes laissé emporter lors de votre investissement initial.
La seconde est tout aussi simple.
Recharge Resources est une petite entreprise, une microcap dont la capitalisation boursière s’élève à 10 M$, environ. Vous devez vous attendre à ce que cette action soit très volatile, à court terme.
À un moment, mardi, le spread entre le cours vendeur et le cours acheteur [NDLR : fourchette correspondant à l’écart entre l’offre et la demande] de cette action représentait l’équivalent de 20% de la capitalisation boursière de l’entreprise ! La vente de 100 actions au cours vendeur aurait suffi à faire énormément baisser le cours de l’action sur une seule journée.
Alors la seconde solution consiste à liquider totalement votre position. Et c’est ce que devraient faire tous ceux qui n’ont pas compris les risques et la volatilité associés au fait d’investir dans de petites valeurs, très spéculatives, qui n’ont pas encore fait leurs preuves.
Connais-toi toi-même
Relisez la citation d’Adam Smith, au début de mon intervention.
S’il y a une chose que j’ai apprise, au cours de ma carrière de trader et d’investisseur, c’est qu’il faut se connaître soi-même. Et cela signifie qu’il faut savoir à l’avance comment vous allez réagir à des situations d’investissement stressantes, des marchés haussiers et baissiers, et si les actions volatiles conviennent à votre tempérament d’investisseur.
Un grand nombre de mes connaissances rechignent à investir dans tout ce qui ne verse pas un dividende, n’a pas une capitalisation d’au moins 10 Mds$ et n’évolue pas au sein d’un secteur stable. Et ce n’est pas grave.
Ce qu’il y a de bien, avec le marché actions, c’est qu’il y en a pour tout le monde. Tout ce qu’il faut, c’est se connaître soi-même et savoir quel type d’investisseur on est.
La tolérance au risque est délicate, car la plupart des investisseurs ont envie de croire que la leur est supérieure à ce qu’elle est vraiment.
Ce n’est que lorsque quelque chose de catastrophique se produit – des bénéfices calamiteux ou la dégringolade des activités d’une entreprise qui font retomber son action à zéro – qu’un investisseur se rend compte qu’il a pris plus de risques qu’il n’y était préparé.
Je ne le dirai jamais assez : pour réussir en tant que spéculateur à court terme, investisseur à long terme ou même investisseur axé sur des actions peu risquées offrant des dividendes, vous devez d’abord évaluer votre tolérance au risque.
Quand on n’évalue pas bien sa tolérance au risque, on finit presque toujours par prendre de mauvaises décision d’achat et de vente, on devient insomniaque et on obtient de très mauvais rendements.
Alors je le répète : si vous n’êtes pas à l’aise avec un investissement, agissez immédiatement et réduisez votre exposition au risque et votre stress.
Une dernière chose…
J’aimerais préciser que j’ai parlé avec David Greenway, P-DG de Recharge Resources, mardi soir, et je lui ai demandé comment se passait le forage sur le site de Pocitos 1.
David m’a dit brièvement que tout se déroulait conformément aux prévisions indiquées dans le communiqué de presse publié le 17 octobre.
Il pense que le forage devrait être achevé vers le milieu de la semaine prochaine et que le test de débit sur cinq jours devrait être réalisé une semaine après. À la suite de ce test, la société pense publier les résultats du débit sur 30 jours à la fin du mois de novembre. David pense également que le rapport technique NI 43-101 [NDLR : rapport technique conforme à la norme canadienne 43-101 sur les projets miniers] devrait être bouclé fin novembre.
Une dernière chose déterminera ce que renferme le site de Pocitos 1 : la modélisation 3D et un rapport complet sur les ressources, lesquels devraient être achevés entre fin janvier et mi-février 2023, selon David.
Comme tout P-DG qui se respecte, David a bien dit qu’il s’agissait d’estimations. Les retards et pépins sur le terrain sont monnaie courante, dans le secteur minier. Mais il m’a assuré que la société divulguerait ses découvertes à mesure que les informations pertinentes seraient réunies.
Bien à vous,
Bob Byrne
Bien cordialement,
James Altucher

