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Alerte n°98 – Avion à hydrogène : c’est pour 2023 !

Par 9 janvier 2023Non classé

Cher lecteur de Zéro Carbone Millionnaire,

Si j’avais écrit en 2018 que des avions à hydrogène voleraient en 2023, vous auriez eu le plus grand mal à être convaincu. De fait, je ne me serais certainement pas risqué à une prédiction aussi optimiste. Après tout, à l’époque, seules quelques startups travaillaient sur l’aviation propre. Les projets les plus médiatiques tournaient autour d’avions à batteries – une voie de garage technologique – et il a fallu atteindre le tournant des années 2020 pour voir Airbus sortir son projet d’avion à hydrogène. Celui-ci a été accueilli avec scepticisme, et l’est même encore aujourd’hui par certains analystes qui trouvent la feuille de route trop ambitieuse.

Que de chemin parcouru en quelques années !

En ce début janvier, nous pouvons espérer voir les premiers avions de transport commercial de passagers volant à l’hydrogène prendre leur envol sous peu.

Les startups ZeroAvia et Universal Hydrogen, dont les noms ne vous sont certainement pas inconnus si vous êtes membre de longue date de Zéro Carbone Millionnaire, ont prévu d’effectuer des vols-tests avec leurs appareils dans les prochaines semaines. Elles ont en ligne de mire une validation des choix technologiques retenus qui permettra de lancer la mise en production d’ici à 2025.

Les avions verts prêts à l’envol

La startup californienne Universal Hydrogen et l’Américano-britanique ZeroAvia ont toutes deux prévu des vols d’essais à court terme, peut-être même avant la fin du mois de janvier…

Pour les deux compagnies, la stratégie est identique. Pour accélérer l’arrivée sur le marché des avions propres, pas question de partir d’une feuille blanche. Plutôt que de concevoir un appareil de A à Z, avec les coûts, délais et risques que cela implique, elles ont choisi de remplacer, sur des modèles de série éprouvés, les systèmes de propulsion classiques par des blocs moteur alimentés par hydrogène. Le fait que ces équipementiers parient sur un remplacement « clés en main » de la motorisation fossile par son équivalent zéro carbone prouve bien le potentiel de l’hydrogène-carburant : les avions à batteries, encore hypothétiques, nécessitent quant à eux une refonte totale pour espérer avoir des performances acceptables !

Aux Etats-Unis, Universal Hydrogen devrait faire voler son Dash 8-300 à hydrogène. Oubliez les avions électriques à batteries comme Solar Impulse qui tient plus du planeur que de l’avion de ligne, le Dash 8 pèse pas moins de 17 tonnes et peut embarquer jusqu’à 50 passagers. Celui qui prendra son envol sera unique au monde puisque l’un de ses turboréacteurs a été remplacé par un moteur électrique dont l’énergie est fournie par une pile à combustible.

 

Etienne Henri

La valeur ajoutée d’Universal Hydrogen : un bloc de propulsion électrique alimenté par pile à combustible
(photo : Universal Hydrogen)

 

L’autre grand nom de la motorisation propre, ZeroAvia, a obtenu durant les fêtes de fin d’année le feu vert pour débuter ses vols-tests. Les autorités de sûreté aéronautique britanniques lui ont donné l’autorisation de faire voler un Dornier 228 modifié, autorisation qui fait suite aux tests au sol réalisés en 2022 qui furent couronnés de succès.

Comme Universal Hydrogen, ZeroAvia s’appuie sur un appareil existant et se positionne comme un « simple » motoriste. La particularité du Dornier 228 qui s’envolera sera d’avoir un de ses deux turbopropulseurs fonctionnant au kérosène remplacé par un moteur électrique dont l’énergie vient d’une pile à combustible.

 

Etienne Henri

Le Dornier 228 de ZeroAvia ressemble comme deux gouttes d’eau à un appareil fonctionnant aux hydrocarbures
(photo : ZeroAvia)

 

Le Dornier 228, qui peut embarquer jusqu’à 19 passagers, est idéal pour les vols régionaux faible distance/faible vitesse, qui seront sans nul doute parmi les premiers à migrer vers l’hydrogène du fait de leur faible besoin en autonomie – tout en représentant pas moins de 40 % des vols à l’échelle de la planète.

Pour nous, il ne s’agit pas que d’un succès d’estime puisque nous sommes intéressés au succès de ZeroAvia. En effet, le fournisseur de piles à combustible de l’avionneur propre n’est autre que PowerCell (FRA : 27W), que nous avons en portefeuille. Derrière les vols de qualification et la future mise en production des avions ZeroAvia se cache, pour notre équipementier, un marché à plusieurs milliards de dollars. Sachant que le chiffre d’affaires annuel de PowerCell n’est aujourd’hui que de l’ordre de 15 M€, l’aviation propre a le potentiel de la faire changer de dimension industrielle.

 

Airbus n’est pas en reste

Tandis que les startups attaquent le marché de l’aviation propre sous l’angle des vols régionaux, Airbus continue d’afficher sa confiance dans sa capacité à sortir un avion moyen-courrier zéro carbone à horizon 2035.

Alors que les réservoirs d’hydrogène actuels nécessitent encore un volume quatre fois plus important que le kérosène à distance franchissable équivalente, l’avionneur espère toujours sortir un équivalent d’A320, son best-seller, carburant à l’hydrogène d’ici à 2035.

Pour la première fois, Airbus a dévoilé fin décembre sa maquette de moteur à hydrogène. Il sera monté sous peu sur un A380 qui servira de véritable banc de test volant pour démontrer ses capacités et sa fiabilité.

A l’instar de ZeroAvia et Universal Hydrogen, Airbus semble dans un premier temps favoriser la technologie de propulsion à hélice adaptée à l’aviation régionale… tout en soutenant que les réacteurs à combustion directe, qui brûlent l’hydrogène pour sa capacité calorifique plutôt que de l’utiliser dans une pile à combustible, font l’objet des mêmes efforts de R&D.

Les chiffres semblent indiquer que l’avionneur conserve une longueur d’avance sur les startups. Son bloc de propulsion a atteint la puissance de 1 MW, soit environ le double des moteurs de ZeroAvia et Universal Hydrogen. A court terme, Airbus entend augmenter la puissance à 2,5 MW – ce qui sera bien assez pour une utilisation commerciale.

Dans cette course contre la montre, où les David de l’innovation attaquent frontalement le Goliath de l’aéronautique, il serait bien prétentieux de désigner par avance le vainqueur.

Peu nous importe : même si Airbus parvenait à étouffer la concurrence naissante, nous serions une nouvelle fois gagnants. Car au cœur de la solution technique choisie par l’avionneur se cachent des piles à combustible fournies par ElringKlinger (FRA : ZIL2), que nous avons également en portefeuille.

Le match s’annonce passionnant. Et quel que soit le résultat des courses, nous avons la quasi-certitude que nos équipementiers de l’hydrogène bénéficieront de ce marché naissant. Preuve, s’il en était besoin, qu’un portefeuille contenant les plus belles valeurs de la transition énergétique permet de gagner sur tous les tableaux, tout en limitant le risque commercial en aval de la chaîne de valeur.

 

Vous nous écrivez : que penser de Nuvve?

« Bonjour,
J’ai bien reçu votre document sur Lion Electric que j’ai lu avec intérêt.
Question : pourquoi n’avez-vous pas choisi la société NUVVE qui, si j’ai bien compris, équipe en V2G les véhicules de Lion ?
Merci d’avance de votre réponse ?
Cordialement. »
Philippe C.

 

Merci Philippe pour votre message. Nuvve est effectivement un grand nom du V2G, mais sa situation boursière est problématique. Depuis son arrivée en Bourse avec le rachat par un SPAC, elle réussit le double « exploit » d’avoir effacé 95 % de sa valeur et d’être encore hors de prix à plus de 12,7 Mds$.

Avec Lion Electric (NYSE : LEV), nous avons un potentiel de hausse de x300 à court terme, sans ajouter le risque boursier d’un retour à des valorisations plus raisonnables puisqu’elle ne pèse qu’un demi-milliard de dollars. Le marché du V2G est intrinsèquement volatil, et même Lion Electric nous promet de belles montagnes russes – raison pour laquelle j’ai déconseillé l’investissement avec levier sur ce dossier. Aussi, investir sur Nuvve viendrait ajouter du risque au risque.

Comme vous le savez, nous construisons le portefeuille Zéro Carbone Millionnaire dans une optique d’optimisation du couple rendement/risque. Lion Electric est plus favorable, c’est pour cette raison que j’ai écarté Nuvve au profit de la petite startup. Pour l’instant, cette stratégie est la bonne puisque le titre Lion Electric n’a chuté, sur six mois, que de -55 % (en tenant compte de la dernière augmentation de capital), tandis que Nuvve a effacé -90 %.

Le marché du V2G est un Far West qui va rapporter gros, mais sur lequel les risques sont importants. C’est pour cette raison que j’incite à la prudence dans le choix des titres, et à la modération dans la taille des positions !

 

Excellente semaine,
Etienne Henri
Etienne Henri 

Zéro Carbone Millionnaire

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