
Vendredi, à 90 minutes de la clôture de la semaine, tous les principaux indices boursiers étaient dans le vert et les haussiers pouvaient remercier Gilead.
Malgré un nombre de cas positifs au coronavirus dépassant les 685 000 aux États-Unis et 35 500 décès recensés, les investisseurs espèrent que le remdesivir, médicament du laboratoire Gilead Sciences, soit le remède miracle dont nous avons besoin pour que l’économie reparte.
Voici ce qu’il faut savoir à propos de l’antiviral expérimental remdesivir de Gilead…
Des chercheurs de l’hôpital universitaire de Chicago (UChicago Medicine) administrent du remdesivir à des patients souffrant de formes sévères du COVID-19. Et, selon un rapport ayant fuité, les médecins affirment que ces patients ont vu leurs symptômes respiratoires et leur fièvre grandement diminuer.
Maintenant, bien que UChicago Medicine ne mène pas un essai clinique comprenant un groupe témoin (groupe placebo), il n’en reste pas moins que les premiers résultats sont positifs.
L’économie américaine a besoin de repartir pour les entreprises. Mais, comme vous le savez, nombre de gouverneurs refuseront d’inciter leurs administrés à reprendre leurs activités si leur sécurité n’est pas un tant soit peu garantie.
Les fuites concernant ce premier succès de Gilead sont certes favorables à une hausse des cours, mais ne nous emballons pas !
Si l’antiviral de Gilead s’avère efficace au point de devenir le traitement préférentiel contre ce coronavirus, cela nous permettra de faire repartir l’économie, TOUTE l’économie, relativement vite.
Mais le hic, c’est que l’efficacité du traitement de Gilead ne sera pas prouvée avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Alors, bien que de bonnes nouvelles concernant des traitements et vaccins potentiels contre le COVID-19 donnent aux investisseurs de quoi être optimistes, la route est encore longue avant d’être en mesure de ramener l’économie américaine proche d’un niveau salutaire.
Refuser de voir la vérité en face
Les principaux acteurs de Wall Street, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, ont déjà pris position, indiquant qu’à leurs yeux, les marchés ne baisseront pas plus.
Mais ce qui m’inquiète, ce sont des déclarations comme celles de Charlie Munger, associé de Warren Buffett, répondant à Jason Zweig, du Wall Street Journal, sur le fait que Berkshire pourrait tirer parti de cours bas pour se mettre à racheter des entreprises :
« Eh bien, je dirais en gros que nous sommes comme le capitaine d’un navire sur le point de se retrouver face au typhon du siècle. Nous souhaitons simplement en réchapper et nous préférerions nous en sortir avec plein de liquidités. » [Termes mis en gras par mes soins.]
Cette déclaration de Charlie nous en dit beaucoup, essentiellement que ce N’EST PAS le moment de prendre beaucoup de risques en matière d’investissement.
Jason a ensuite demandé à Charlie si les PDG des entreprises publiques appelaient Berkshire pour demander des capitaux. Voici ce qu’a répondu Charlie :
« Non, ce n’est pas le cas. La réaction typique est la sidération. Prenez les compagnies aériennes. Elles ne savent pas quoi faire. Elles négocient toutes avec le gouvernement, mais n’appellent pas Warren. Elles sont sidérées. Elles n’ont jamais été confrontées à une telle situation et ne l’avaient pas envisagée. » [Termes mis en gras par mes soins.]
Maintenant, d’un côté, vous pouvez dire que ces entreprises ne réclament pas d’argent parce qu’elles ont déjà les reins solides.
Malheureusement, je ne pense pas que ce soit le cas – tout du moins pas pour toutes les entreprises.
Ce que dit Charlie, selon moi, c’est que les PDG n’ont absolument aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde lorsque les entreprises rouvriront. Et, résultat, ils ne savent pas quoi demander.
L’une des dernières questions de Jason a porté sur le thème de la récession.
Voici ce que Charlie a répondu quand Jason lui a demandé si une Grande Dépression était possible :
« Nous vivons bien entendu une récession. La seule question est de savoir quelles seront son ampleur et sa durée. Je pense que nous savons déjà qu’elle passera. Mais tout le monde ignore les dégâts qui seront causés, sa gravité et le temps qu’elle durera. »
Comme vous pouvez le constater, le discours de Charlie est très différent de celui des présentateurs de CNBC.
Une grande partie de la communauté des analystes de Wall Street veulent vous faire croire que l’économie et les marchés tutoieront de nouveaux sommets dans quelques semaines ou mois.
Mais comme le dit Charlie à juste titre, personne ne sait combien de temps cette récession va durer et vers quelles profondeurs elle va nous emmener.
Écoutez, bien que Wall Street souhaite vous voir acheter des titres aujourd’hui, je ne saurais adhérer à cette ligne de conduite pour la raison même avancée par Charlie – nous n’avons pas la moindre idée de l’état dans lequel sera l’économie dans trois à six mois.
Voilà pourquoi je continue de vous conseiller de vous montrer patient, discipliné et surtout de résister à l’affreuse tentation de cibler les cours les plus élevés possibles.
Le moment de se mettre en position pour acheter des titres va arriver, mais nous n’y sommes pas encore.
Alors, pour l’heure, je souhaite que vous restiez patient pendant que la communauté de Wall Street, avec sa peur de passer à côté de quelque chose, poursuit sa chasse aux cours élevés.
Excellente semaine, prenez soin de vous.
Bien à vous,
James Altucher
Rédacteur en Chef

