
Depuis un peu plus d’une semaine, les dernières déclarations 13F à la SEC (Securities and Exchange Commission) affluent sur mon bureau.
Et j’étais curieux de voir ce qui se passait pour Snowflake (SNOW), en particulier.
Conformément à leurs habitudes, bon nombre des meilleurs hedge funds axés sur le momentum ont investi dans Snowflake.
Mais voilà : même s’ils sont brillants, la plupart d’entre eux vendent en un clin d’oeil les valeurs n’ayant pas fait leurs preuves – comme Snowflake – si jamais le momentum change et que le titre commence à baisser.
Si vous ne connaissez pas Snowflake, c’est une société qui est entrée en Bourse à la mi-septembre en affichant une évaluation ridiculement élevée. Cela s’explique en partie par tout le battage médiatique entourant l’investissement de plus de 500 M$ réalisé directement au moment de l’IPO par Berkshire Hathaway, la société de Warren Buffett.
Et Berkshire n’est pas le seul grand nom impliqué dans cette société : Salesforce.com, la société de Marc Benioff, a également investi des centaines de millions de dollars dans Snowflake.
Lorsque Berkshire et Salesforce ont investi dans Snowflake, la capitalisation boursière de la société était de 33 Mds$ (ce qui est déjà énorme).
Et aujourd’hui, cette société est évaluée à 73 Mds$ ! Le jour de l’IPO de l’entreprise, en fonction de l’heure à laquelle un investisseur a acheté des actions Snowflake, cette évaluation a pu monter encore plus haut.
Rappelez-vous : Snowflake cote toujours aux environs du cours de clôture enregistré le jour de son IPO.
Les plus grands noms de l’univers de l’investissement, comme Berkshire Hathaway, reçoivent souvent des traitements de faveurs. On ne peut pas dire la même chose du citoyen lambda assis devant son compte de courtage en ligne.
Lorsque les médias financiers annoncent qu’un type comme Warren Buffett (ou ses lieutenants) achètent une action, c’est le petit investisseur qui se précipite pour acheter cette action à n’importe quel prix. Et cette approche indisciplinée lui vaut de payer une action 3 à 4 fois plus cher que le prix déboursé par son idole, quelques jours ou heures plus tôt.
La technologie de Snowflake
Marquons une pause, un instant, afin que je vous raconte pourquoi cette société a déclenché un tel buzz lors de son IPO (en dehors des investissements de Berkshire et Salesforce).
Selon la déclaration S-1 déposée par Snowflake auprès de la SEC, la société est un « pionnier du data cloud, un écosystème où ses clients, partenaires et fournisseurs de données peuvent briser les silos de données pour puiser de la valeur, de manière sécurisée, contrôlée et conforme, dans des ensembles de données qui augmentent rapidement ».
Oui, je sais. Même pour moi, cela ressemble à du jargon technique.
Jeremy Owens, de MarketWatch, propose une explication bien plus facile à comprendre :
« Snowflake produit des logiciels de bases de données qui utilisent la même norme qu’Oracle, mais peuvent être utilisés sur le cloud, et dont on peut augmenter ou réduire l’échelle en fonction des besoins et à des prix variant en conséquence. Même si les grands fournisseurs de cloud tels qu’Amazon, Microsoft et Alphabet (Google) offrent des services similaires, Snowflake est la seule entreprise indépendante proposant des logiciels pouvant fonctionner sur toutes leurs plateformes cloud. »
Bref, Snowflake offre un service que personne d’autre ne propose. Et selon le marché, il est de plus en plus utile.
Mais voici le problème…
En se basant sur plusieurs estimations, y compris les propres chiffres internes de Snowflake, son marché potentiel total se situe au même niveau que sa capitalisation boursière actuelle, voire en dessous.
Un rapport publié par Prescient & Strategic Intelligence estime que le stockage de données à la demande (« data warehouse as a service« ), sur le plan mondial, devrait atteindre environ 11 Mds$ d’ici 2027.
Et même si Coherent Market Insights brosse un tableau plus optimiste, ses analystes pensent que le marché aura seulement grimpé aux alentours de 55 Mds$ d’ici 2027.
Autre élément encore plus problématique : les chiffres internes de Snowflake – les plus haussiers de tous – estiment que le marché potentiel total est, tout au plus, de 81 Mds$.
Je sais que vous voyez où je veux en venir…
Pourquoi diable les investisseurs se bousculent-ils pour investir dans une entreprise de 77 Mds$ si son marché potentiel total se situe quelque part entre 11 Mds$ et 81 Mds$ ?
Exactement : ils ne devraient pas ! Et voilà pourquoi je garde mes distances avec cette action, malgré son approche innovante du cloud.
Tant que les fondamentaux de cette société n’auront pas changé, si l’action s’envole à 300 $, c’est une valeur de trading, et non d’investissement.
Quel est le moment idéal pour investir ?
Les excellentes entreprises se vendent rarement à bas prix. Voilà pourquoi mon équipe d’investissement et moi recommandons toujours volontiers d’excellentes entreprises, même si leur cours reflète des multiples élevés de leur chiffre d’affaires.
Mais je le répète, il y a un hic avec Snowflake : sa capitalisation boursière se situe au même niveau que son marché potentiel total – voire au-dessus.
C’est manifestement un problème.
Toutefois, si la société parvient à développer son marché potentiel total en introduisant de nouveaux produits, ou via d’autres voies, je serai ravi de la réévaluer.
Même si j’adore investir dans des entreprises à forte croissance, ce qu’il faut retenir, c’est qu’une discipline et un processus guident toujours mes pas.
Alors même si Snowflake est une entreprise vraiment unique, avec une tonne de chiffre d’affaires potentiel devant elle, il est peu probable qu’elle réussisse mon test tant qu’elle n’aura pas corrigé son cours, ou spectaculairement développé son marché potentiel.
Bien cordialement,
James Altucher

