Cher lecteur de Top 1% Altucher,
Sur les marchés, la semaine dernière aurait dû intégralement se résumer à une seule chose : les chiffres de l’emploi publiés par l’U.S. Bureau of Labor Statistics.
Tout ce que Wall Street attendait de ces chiffres, c’était de savoir à quoi on pouvait s’attendre lors de la prochaine réunion de la Fed, le 22 mars. Soit la Fed se conformerait à la hausse de 25 points de base qu’elle avait suggérée précédemment, soit – si les chiffres de l’emploi et de l’inflation étaient toujours hors de contrôle – une hausse de 50 points de base serait à nouveau à l’ordre du jour. Les inquiétudes concernant une hausse de 50 points de base ont réapparu en début de semaine dernière lorsque Jerome Powell a indiqué que la Réserve fédérale envisagerait une hausse de 50 points de base en fin de mois et que les taux resteraient probablement élevés plus longtemps, afin d’apaiser une économie qui continue à tourner à plein régime.
Voici ce qu’a dit le président de la Fed devant la Commission bancaire du Sénat, la semaine dernière :
« Les dernières données économiques ont été plus vigoureuses que prévu, ce qui suggère que le niveau ultime des taux d’intérêt sera probablement plus élevé que nous ne l’anticipions auparavant. Si la totalité des données devaient indiquer qu’un resserrement plus rapide est exigé, nous serions prêts à augmenter le rythme des hausses de taux. »
Pour la Fed, c’est une façon de dire « attention, les taux vont augmenter ».
Presque aussitôt après ces commentaires de Powell devant la Commission bancaire du Sénat, on a pu observer sur le CME FedWatch Tool (qui évalue la probabilité de hausse et de baisse des taux) que Wall Street avait fait volte-face et intégrait désormais la forte probabilité d’une hausse de 50 points de base lors de la prochaine réunion du FOMC (comité de politique monétaire de la Fed). Les taux directeurs actuels varient entre 4,50% et 4,75%.
La capture d’écran ci-dessus montre qu’il y a un mois, le 7 février, les traders évaluaient à 9% la probabilité d’une hausse des taux de 50 points de base à la fin du mois de mars. Mais après le discours de Powell face aux sénateurs, cette probabilité s’est envolée à près de 70%.
Avec ces données, en temps normal, nous partirions immédiatement du principe qu’une nouvelle forte hausse des taux aura lieu à la fin du mois.
Mais voilà… Il y a eu l’affaire de la Silicon Valley Bank (SVB) !
Alors que les chiffres de l’emploi publiés vendredi brossent le tableau d’un marché de l’emploi dynamique et résistant qui, selon la Fed, aurait besoin d’être calmé, l’institution doit désormais gérer l’implosion d’une grande banque régionale et la possibilité que sa volonté de relever les taux fasse sombrer encore plus le secteur financier.
Je m’explique.
Nous avons appris, jeudi dernier, que les vautours de Wall Street tournoyaient autour de SVB Financial, la société mère de Silicon Valley Bank, lorsqu’il a été révélé que cette banque avait enregistré 1,8 Md$ de pertes après impôts sur des ventes d’investissements et qu’elle serait obligée de lever 2,25 Mds$ en vendant des actions ordinaires et préférentielles.
Au coeur de l’implosion de SVB, il y a le fait que la campagne agressive des hausses de taux menée par la Fed a fait baisser la valeur d’obligations existantes qui rapportaient peu. Dans certains cas, cette baisse est considérable. Comme des banques telles que SVB détiennent de gigantesques volumes de ces obligations, certaines d’entre elles enregistrent probablement d’énormes pertes, en ce moment.
Nous savions également qu’il faudrait assumer un jour les conséquences financières de ces années de taux d’intérêt à près de 0% mais, manifestement, des institutions comme SVB pensaient que ce jour n’arriverait pas si vite !
C’est ainsi que les données économiques inflationnistes, les hausses de taux d’intérêt et une contagion potentielle au sein du secteur bancaire se télescopent.
Alors que les données économiques surpassent toujours les attentes, avec une forte inflation, le risque de contagion bancaire plonge la Fed dans le pétrin.
Supposez que Powell relève agressivement les taux pour calmer encore le marché de l’emploi, en espérant faire baisser l’inflation. Dans ce cas, il court le risque de déclencher l’effondrement du secteur bancaire, surtout d’acteurs régionaux tels que SVB.
Avant mercredi dernier, jour où la SVB a averti Wall Street qu’elle avait un problème avec son portefeuille de prêts, mon équipe d’investissement pensait que la Fed allait relever les taux de 50 points de base, le 22 mars.
Mais, comme il est probable que l’effondrement de SBV entraîne sa disparition totale et qu’il est très probable que SVB ne soit pas la seule banque régionale à avoir accordé d’innombrables prêts douteux avec de l’argent bon marché ou gratuit, mon équipe et moi restons indécis en ce qui concerne la hausse des taux.
La Fed relèvera-t-elle les taux ce mois-ci ? Absolument. Mais une hausse de 50 points de base n’est plus une certitude. La probabilité penche plutôt en faveur d’une hausse plus modeste, de 25 points de base.
La semaine dernière, l’effondrement du portefeuille de prêts de la Silicon Valley Bank a rappelé à Wall Street et à la Fed que faire grimper les taux de 0% à près de 5% en 12 mois n’était pas une démarche dénuée de risque, sur le plan économique. La SVB est peut-être « le coup de feu qui a retenti tout autour de Wall Street », mais les chances qu’il s’agisse d’un évènement unique sont minces et même plutôt nulles, désormais.
Nous continuerons d’être attentifs à la situation et de vous tenir informé, bien entendu.
Bien cordialement,
James Altucher


